rênes des gauchos
7 mai 2018

Pas facile de faire une photo sur un cheval… Le mien doit sentir que je ne parle ni castillano, ni caballo et il n’en fait qu’à sa crinière en me balançant de gauche à droite comme un pendule qui compterait les secondes avant ma chute.

Pendant que j’essaye gauchement de maîtriser ma monture, les gauchos s’affairent, mon doigt gauche tente de déclencher et cette fille me dévisage. Je n’ai pas encore entendu le son de sa voix et son expression sibylline me désar­çonne. Hier, je l’ai vue surgir de nulle part, au galop, montant à cru, comme pour défier l’immobilité infinie de la Pampa. Aujourd’hui, elle part avec ses frères capturer des veaux au lazo pour les castrer à vif au couteau.

La scène de cette Argentine que je voudrais qualifier d’authentique se dresse devant moi comme une inter­ro­gation sans réponse évidente. Car on m’avait dit que les femmes argen­tines étaient grandes, belles, ténébreuses et me voici devant une gamine en baskets qui danse sur un cheval en me narguant. D’un coup de sabot, toutes les images mentales que je m’étais fabri­quées se sont évanouies. Me voici en terre inconnue avec une terrible douleur aux cuisses et des photos hasar­deuses.

Argentine — janvier 2006