viol de nuit
16 janvier 2018

Je m’étais envolé avec les soutes emplies de désir, avec celui de la décou­verte que procure le voyage et avec celui du partage lorsqu’on conte au retour. J’étais parti confiant que tu serais là où je t’avais embrassé, sûr de t’abandonner pour mieux te retrouver. Je suis parti en retraite et mon retour devait être une fête.

Et puis l’embuscade. La frappe chirur­gicale. Je ne me souviens plus du tout, sauf de toute la cruauté. La nuit était moite et les dorures de Shwedagon subli­maient la laideur de Yangon. Je sens encore ta douleur exquise qui pénètre ma chair. Je me revois cherchant mon souffle, le cœur en miettes. Je me souviens taisant mon désaccord — moi aussi. Puis d’un instinct de survie, je t’ai frappé de mes mots, fort, trop fort, malgré moi. Je me souviens de l’escalade, de l’hermétisme, du dernier mot qui raccroche et de mon amour, esseulé, et souillé, étran­gement puissant comme au premier jour.

Seule la lumière sait vaincre de la nuit. Pardonne-moi de ne pas avoir su dépar­tager notre violence de nos ivresses.

— Un ami qui te voit du bien